Ciné-club Coffignon - Les Producteurs


Film hommage au théâtre, Les Producteurs parvient à rester à la limite de la farce outrancière, en s'appuyant sur une bande d'acteurs délirants. Une comédie totalement débridée, qui peut surprendre au premier abord, mais dont on doit apprécier l'aspect surréaliste et loufoque. Comme dit le Théâtre de Paris qui propose la pièce au public, mise en scène par Alexis Michalik, « une occasion exceptionnelle de retrouver l'humour caustique, irrévérencieux et déjanté de Mel Brooks. »




FICHE TECHNIQUE

​Titre original

The producers

Genre

Comédie

​Nationalité

Américaine

​Durée

​1h30

​Réalisateur

Mel Brooks

​Scénariste

Mel Brooks

​Interprètes

Zero Mostel, Gene Wilder, Kenneth Mars, Lee Meredith, Christopher Hewett


SYNOPSIS


Jadis célèbre producteur à Broadway, Max Bialystock est désormais contraint de soutirer de l’argent à de riches et libidineuses octogénaires, en faisant le gigolo. Un jour débarque le timide et névrosé Leo Bloom, chargé de vérifier ses comptes. Constatant certaines irrégularités, le comptable fait remarquer qu’il y aurait beaucoup d’argent à gagner en montant un spectacle qui s’avérerait être un flop immédiat. Les deux comparses décident de s’associer dans la combine et forment le projet parfait : une comédie musicale faisant l’apologie du Troisième Reich, écrite, mise en scène et interprétée par une troupe d'hurluberlus. Max et Leo sont persuadés qu’ils tiennent là un échec assuré. Mais le public sera-t-il du même avis ?




UN FILM HYSTERIQUE


L’excès est le maître mot des Producteurs. Le film ne peut être mieux décrit que par une hystérie collective hallucinante présentant des prestations d’acteurs déchaînés, où tout est permis, pour le plus grand plaisir des spectateurs. Si le film repose sur le duo Wilder et Mostel qui incarnent leur personnage avec excès et humanité, Kenneth Marsh ou Dick Shawn ne sont pas en reste et participent à l'atmosphère folle qui caractérise ce film.





LE DECALAGE ENTRE FARCE ET BIENSEANCE


A l’instar du célèbre Ernst Lubitsch, son modèle, avec To be or not to be, Mel Brooks décide ici de faire une farce d’une des périodes les plus tragiques de l’Histoire, celle d’Hitler et du régime nazi. On assiste là à une farce qui malgré ses excès fait rire aux dépens de la barbarie et la bien-pensance. Tant par la décision de monter une pièce dédiée au régime nazi, qu’à celle de faire jouer un Hitler efféminé, ou à voir Kenneth Mars interpréter ce nazi nostalgique complètement loufoque, rien n’est pris au sérieux. L’humour excessif institué par Mel Brooks installe un rythme décadent tout au long du film où rien n’est censuré. Rien ne semble échapper aux outrances du réalisateur : nazis, monde du théâtre, communauté gay, hippies, élite new-yorkaise... Tout le monde en prend pour son grade avec le sourire, et parfois en chantant !


Le film associe le tragique avec la sympathie que peut véhiculer la musique. La chanson Love Power, entrainante et paisible qui se conclue par « That’s our Hitler ! » ou bien la chanson Springtime for Hitler dont les paroles incluent « Springtime for Hitler and Germany / Deutschland is happy and gay », sont deux deux scènes qui figurent parmi les meilleures du film tant par leur humour noir et loufoque que par une chorégraphie du plus bel effet.




DES PERSONNAGES JUBILATOIRES


Le génie du film Les Producteurs se trouve dans l’originalité de ses personnages. Mel Brooks invente des personnages et réussit à créer de la caricature ex nihilo. Ces personnages sont à la fois loufoques, attachants et fascinants :

  • Max Bialystock est un producteur véreux et fauché dont l’échec le rend prêt à tout faire pour éviter la banqueroute même à devenir gigolo. Grossier et mal vêtu, il est néanmoins touchant lorsqu’il prend Leo Bloom sous son aile pour le rendre plus à l’aise socialement.

  • Leo Bloom est un comptable timide et sérieux au premier abord, mais aussi stressé et névrosé. Il révèle assez vite son hystérie et s’avère être un enfant adulte.

  • Lorenzo St DuBois (LSD), hippie incarnant un Hitler ridicule, est acteur perdu et drogué, qui révèle un talent comique insoupçonné.

  • Franz Liebkind, ancien soldat nostalgique du 3ème Reich, incarne le loufoque à merveille.

D’autres personnages viennent enrichir le casting : metteurs en scène efféminés, réceptionniste nymphomane, tout le monde en prend pour son grade avec un humour sans limite, donnant au film une certaine légèreté dans sa lourdeur. Une lecture au second degré s'impose !




SCENE MYTHIQUE


Lorenzo Saint Dubois, hippie, pense auditionner pour un rôle dans la pièce Boomerang. Il ne sait pas qu’il auditionne en réalité pour la pièce de Max Bialystock, Springtime for Hitler. Il interprète alors une chanson hippie intitulée « Love Power » et nous offre une performance hors du commun. C’est à la fin de celle-ci qu’on entend Max crier « That’s our Hitler », paradoxe avec la chanson qui vient d’être chantée sur le pouvoir de l’amour.




Emmanuelle Flahault