Ciné-club Coffignon - César et Rosalie




FICHE TECHNIQUE

​Titre original

César et Rosalie

Année

1972

Genre

Comédie dramatique, romance

​Nationalité

Française

​Durée

1h40

​Réalisateur

Claude Sautet

​Scénariste

Jean-Loup Dabadie, Claude Sautet

​Interprètes

Yves Montand, Romy Schneider, Sami Frey


SYNOPSIS


L’histoire d’un triangle amoureux puis d’une amitié naissante. César, parvenu hâbleur mais généreux est avec Rosalie, héroïne bovarienne. Mais David, artiste effacé assez intellectuel, ancien amour inoublié, fait son retour. César aime Rosalie, David aime Rosalie, Rosalie aime les deux. Elle est partagée entre l’homme avec qui elle vit et son amour de jeunesse qui fait irruption dans sa vie. Tout oppose les deux hommes, et leurs qualités et défauts complémentaires vont amener les va-et-vient sentimentaux de Rosalie. Claude Sautet nous présente les hésitations d’une femme au milieu de deux hommes qui la vénèrent qui seront le moteur de l’intrigue, sur un ton dramatique gai et touchant.



UN TRIANGLE AMOUREUX ET LA NAISSANCE D'UNE AMITIÉ


Claude Sautet filme le quotidien se passer lentement au fil des élans de Rosalie de l'un à l'autre de ses prétendants, on admire ainsi les remarquables interprétations d'Yves Montand et Sami Frey qui font de ces archétypes des êtres de chair et de sang. La poursuite du personnage féminin, objet de toutes les convoitises, devient dans l'œuvre de Claude Sautet un révélateur remarquable de l'ardeur des deux prétendants qui n'auront de cesse de jouer cartes sur table malgré l'adversité qui les caractérise en avouant volontiers à l'autre leurs propres failles, leurs propres convictions lors de leur première rencontre, il faut à peine quelques phrases convenues pour que David se résolve à avouer ses sentiments. Tous les deux aiment Rosalie de manière opposée et Rosalie les aime d'une façon propre à chacun, on la retrouve ainsi à la fois amusée par les fanfaronnades de César et rassurée par les regards tendres de David. On l'imagine rêver secrètement que ces deux hommes n'en soient qu'un.


Le récit débute avec César et Rosalie ensemble. Lors d’un énième remariage de la mère de Rosalie on aperçoit David qui est revenu des États-Unis, que Rosalie n’avait pas vu depuis 5 ans. Rosalie le présente à César, aucun atome crochu, mais très rapidement, David dit à César qu’il aime Rosalie. Lorsque le mariage se termine, César a une partie de poker organisée à la maison durant laquelle Rosalie se sent délaissée donc elle se rend chez David. César va la chercher partout. Ainsi le lendemain, Rosalie quitte César après une dispute, rejoint David et tous les deux partent au bord de la mer.


David et Rosalie sont ensemble au bord de la mer. César cependant vient chercher Rosalie et tous les trois passent la journée ensemble. David voit la personnalité présente de César et décide de partir sans dire au revoir. Rosalie retourne avec César.


César et Rosalie sont donc à nouveau ensemble mais Rosalie envoie des lettres sans réponses à David. César, prêt à tout pour récupérer la femme qu’il aime, va voir David, et lui demande de venir avec eux à Noirmoutier, il lui dit : « Si elle est avec lui, elle l’a. Et à la fin, elle reviendra vers moi. Tandis que là, elle t’imagine c’est le pire, et l’imagination, je suis battu, je ne peux pas la quitter. » David accepte alors d’y aller, suivant l’utopie de César de vivre tous les trois à Noirmoutier.


Lorsque tous les trois se retrouvent Rosalie ne comprend pas ce qu’attend César de la situation et la petite sœur de Rosalie demande à David s’il est venu pour César ou pour Rosalie. On voit naitre alors cette amitié et complicité entre César et David qui mènera au départ de Rosalie. Suivant l’interprétation du spectateur, est-elle partie car elle n’était plus le seul objet de convoitise, ou pour ne plus blesser personne, ou pour une toute autre raison. César et David se retrouvent donc seuls, et aucun ne tente de joindre Rosalie.



CÉSAR, MALADROIT AU COEUR TENDRE


César est un « homme du peuple », riche entrepreneur qui s'est fait tout seul au sang chaud et possessif. Avantage comme inconvénient, César est protecteur et étouffant à la fois. Homme viril et amant généreux, il alterne ainsi numéros de charme et dérapages violents, dévoilant l'angoisse qui ronge cet homme sous son aisance. César se révèle un grand amoureux qui malgré lui passe à peu près par toutes les réactions possibles lorsque son couple est sérieusement menacé : déni, violence, résignation, compromis, etc… Il poursuivrait Rosalie jusqu'au bout du monde si elle disparaissait avec un autre. César perdra de ses élans macho pour être plus attentionné et sacrifiera sa fierté en s’effaçant pour son rival. Alors que le récit semble le désigner dans un premier temps comme le perdant du trio, celui qui se fera voler sa compagne, on constate qu'il n'en sera finalement rien. Maladroit, immature dans sa position de celui qui se pense le plus adulte, il est le seul à croire que faire la comédie permettra de révéler la vérité de ses sentiments, par l'admiration, la crainte ou la pitié, jusqu'à l'utopie d'une vie à 3 dans une maison sur la mer.


Yves Montand remarquable dans son rôle de César, aussi maladroit que sincère, il nous fait passer par tout un panel d'émotion parfois d'un simple regard, sans jamais tomber dans la caricature. Son jeu est à son image : très démonstratif et flamboyant, le film semble avoir été écrit sur mesure pour lui, il n'a presque pas besoin de jouer, il joue tout simplement lui-même.




DAVID, MYSTÉRIEUX ET COMPLEXE


David est un artiste, dessinateur de BD effacé et ténébreux. Il est doux et attentionné mais finalement trop distant. A l’inverse d’un César entreprenant, David s’efface, se résigne, sans moins en oublier ses émotions, il est cependant plus discret et fuyant. Il dissimule sous un masque froid une tout aussi grande agitation du cœur et c’est par des regards tendres et discrets, et par des gestes simples, qu’il exprime sa passion.


Sami Frey est le parfait opposé de Yves Montand dans son jeu. Son jeu est minimaliste. Il chuchote presque ses répliques comme modèle antithétique. David s'impose par sa douceur et son contrôle à toute épreuve quitte parfois à se mettre en retrait ce que lui voudra cette lettre magnifique de Rosalie se concluant sur « Ce n'est pas ton indifférence qui me tourmente, c'est le nom que je lui donne : la rancune, l'oubli. David, César sera toujours César, et toi, tu seras toujours David, qui m'emmène sans m'emporter, qui me tient sans me prendre et qui m'aime sans me vouloir... »



ROSALIE, BOVARIENNE ET LIBRE


Personnage le plus central et le plus complexe de ce film, Rosalie. On ne sait si on l’aime ou si on la déteste. Suivant l’avis que le spectateur se fait du personnage, Rosalie est une héroïne bovarienne qui alterne entre deux hommes qu’elle aime et qui la vénèrent en prenant soin de leur signifier leurs défauts et de changer de courtisan lorsqu’elle se sent délaissée. Elle virevolte avec sincérité et emporte le spectateur dans ces battements effrénés. Rosalie est une femme libre, qui n’appartient à aucun homme comme elle le précise. Elle est une femme riche de contradictions modernes, amoureuse, indépendante, enjouée, et triste, incarnant à elle seule les paradoxes de ce drame gai. Rosalie est finalement un personnage assez antipathique qui repousse l’un puis l’autre puis parfois les deux, avec douceur et naturel, elle s’abandonne à ses penchants du moment sans trop se préoccuper du reste. Lorsque tous les trois se retrouvent au bord de la mer et que César et David sont maintenant devenus amis, celle qui aimait le côté interdit et libérateur de la situation se retrouve décontenancée et s’enfuit.


Romy Schneider transforme ce personnage et lui donne un charme naturel et une sensualité qui trouble autant César et David que les spectateurs conquis, c’est par son regard hypnotique et son magnétisme fascinant qu’un personnage aussi antipathique que Rosalie puisse être aussi accepté et envoutant. Romy Schneider, comme à son habitude nous offre une performance aussi belle qu’émouvante, elle est éblouissante.




CLAUDE SAUTET ET SA FABLE SUR LA NATURE HUMAINE


Claude Sautet est un cinéaste de la vie, des sentiments et de l'humain. Dans ses films, il capte la vie, ainsi il capte l’humain, la nature humaine et la complexité des sentiments. Dans César et Rosalie, il dresse des portraits ambigus et passionnants de ses personnages où chacun aura ses propres dilemmes, ou devra subir ceux des autres ou leur voir passer le bonheur sous le nez. Avec une écriture d’une grande qualité et profondeur tant dans les dialogues que dans les personnages, César et Rosalie parvient à retranscrire la complexité des enjeux des personnages, la complexité de la nature humaine, de l’amour, des dilemmes de la vie et de la recherche du bonheur. Dans le film, Claude Sautet parvient à donner de l’ampleur à cette étude par les dialogues mais aussi par les gestes, regards, non-dits, ce que les acteurs montrent merveilleusement, que les émotions ne passent pas que par les dialogues, grande leçon retenue de ce film. Claude Sautet parvient à nous faire passer d’un ton léger puis ambigu puis grave, une fois que chacun révèle sa vraie nature. Dans le film, les personnages sont animés par la peur de voir souffrir l’autre, mais aussi par la peur de l’avenir et la peur de la construction d’une vie. Par des dialogues aussi incisifs, précis que savoureux, on voit que tous les personnages sont vulnérables, l’Homme est mis face à ses pulsions et à ses réactions incontrôlées. On observe une lutte constante entre action guidée par la raison ou par l’émotion pure. Claude Sautet étudie alors également des sentiments de lâcheté, d’amour, de fuite, d’orgueil et de tristesse. Enfin en observant César et David, on devine aussi une étude de caractères sur des individus dépassés par leurs pulsions qui apprennent à se construire au contact de leur adversaire et compère d’infortune.



SCÈNE MYTHIQUE



Cette scène représente la fin du film César et Rosalie. Alors que Rosalie vient de partir, ni César, ni David n’ont cherché à la joindre. Elle s’est installée à Grenoble, César a vendu son appartement et son entreprise et s’est installé en banlieue parisienne et David est parti aux États-Unis. Un peu plus d’un an plus tard, David revient chez César et les deux déjeunent, lorsque Rosalie fait son retour. Lorsque plus haut était précisé l’importance des gestes et des non-dits, au-delà des dialogues, ici c’est cela qui se passe. Aucune parole, mais tandis que le regard de David avait l’habitude d’être toujours posé sur Rosalie, celle qu’il aimait, il est désormais posé sur César, celui qu’il protège, son ami. César lui a un regard émerveillé du retour de Rosalie et Rosalie, elle, a le regard apaisé comme d’un retour à la maison. On sent désormais une fin de rivalité entre David et César.